Abbé Apollinaire

 Édito de notre curé

                                                   Les pardons inachevés

Comme toute œuvre qui demande du temps, de la patience et de la
persévérance, le pardon dans son processus peut connaître des coups d’arrêt.
On parlera de pardons inachevés ou incomplets : le pseudo pardon ou le pardon
au conditionnel.
Le pardon au conditionnel est une disponibilité à pardonner dans des conditions
précises : reconnaissance explicite de la faute, confession privée ou publique,
repentir et contrition, justice, réparation et surtout engagement à ne plus répéter
les mêmes erreurs. Ce pardon ne vient pas d’un cœur libre d’émotions négatives
et il n’est pas unilatéral. C’est le changement ou la conversion du fautif qui va
déclencher le processus du pardon. Le risque, c’est de rester dans la rancune, la
rancœur et l’amertume longtemps ou pour toujours. Les conditions, dans ce cas,
empêchent la victime de prendre l’initiative et d’être maître de son destin.

Comme on peut le deviner, le pseudo pardon est un faux pardon ou bien
quelque chose qui ressemble au pardon dans sa forme extérieure mais qui ne
vise pas un changement d’attitude ni de pensée. Voici quelques expressions
révélatrices du pseudo pardon : « Je te pardonne mais je ne veux plus te voir…Je
te pardonne mais méfie-toi de moi… Je te pardonne mais Dieu te donnera ce
que tu mérites ». Mais quelles peuvent être les motivations d’un tel pardon ?

* On peut pardonner pour augmenter ou pour défendre son estime de soi. C’est
pour démontrer aux autres ses valeurs, ses qualités morales ou religieuses
supérieures face à la bassesse et à la mesquinerie du coupable. Ce qui manque
ici, c’est la dimension interpersonnelle et prosociale du pardon. C’est un pardon
forcé et contrefait.
* Le pseudo pardon peut être motivé par le respect scrupuleux d’un précepte
religieux (incompris ou mal compris) qui devient une obéissance hétéronome :
source d’aliénation de la personne humaine. On se sent contraint de pardonner
parce que Dieu l’a dit ou le demande sans trop chercher à savoir pourquoi Dieu

le veut. Cette façon de pardonner transforme le pardon en source d’émotions
négatives au lieu d’être une source de joie et de bonheur.

* Le besoin impérieux de rétablir la relation avec le coupable peut engendrer le
pseudo pardon. Sous prétexte de sauver la relation ou juste pour le bien des
enfants, on offre un semblant de pardon qui peut cacher une dépendance
affective ou une incapacité d’affronter la réalité de façon autonome.
* Plus subtilement, le pseudo pardon peut camoufler une agressivité indirecte.
Sous les apparences du pardon, on cherche plutôt à humilier le coupable en lui
rappelant sans cesse la faute commise et sa propre générosité. Le but est de lui
inculquer un sens permanent de culpabilité, un sentiment d’infériorité et d’avoir
le contrôle de la relation.

Les pardons inachevés n’atteignent pas les objectifs fixés. Le temps finit toujours
par démontrer non seulement leur inutilité mais surtout leur nuisance au
coupable et à la victime.
                                                                                                   Abbé Apollinaire Komi KOUGBALI
                                                                                                                                                   Votre Curé