Le pardon dans le christianisme
Le christianisme assume tout ce qui est bon, noble et vrai dans toutes les
traditions religieuses car tout cela n’est que préparation à la grande et pleine
révélation de l’amour de Dieu en Jésus Christ. En lui, nous trouvons le modèle,
la mesure et la cause du pardon du chrétien. En tant que chrétiens, nous
sommes appelés à être avec Jésus (amitié), à suivre Jésus (discipulat ou
discipolat) et surtout à imiter Jésus (imitation), donc à reproduire dans notre
vie le pardon qu’il a enseigné et lui-même pratiqué.
Le premier trait spécifique du pardon chrétien est que sa source et son exercice
se trouvent dans le Christ. Nous en avons parlé au mois d’avril (je vous renvoie
donc à ce texte). En résumé, nous disions que le pardon de Dieu révélé par Jésus
est infini comme Dieu lui-même : Dieu pardonne tout et toujours. C’est ce qu’il
attend de nous aussi.
Un deuxième point à souligner est le pardon inconditionnel de Dieu. Il n’attend
pas le repentir, la contrition ou la promesse de ne plus récidiver pour offrir son
pardon ; son pardon précède tout cela. Nous le voyons avec David dans
l’affaire de l’adultère avec Bethsabée. Il lui accorde le pardon avant même qu’il
ne prenne conscience de sa faute (2 S 12). Sur la croix, c’est la victime (Jésus)
qui demande pardon pour ses bourreaux qui ne savent ce qu’ils font (Lc 23,34).
Un modèle qui sera formidablement reproduit par le protomartyr Étienne (Ac
7,60) : parfaite imitation de Jésus.
Un troisième point qui pourrait nous déconcerter est le suivant : c’est la victime,
l’offensé qui va à la recherche du bourreau, de l’offenseur pour offrir son
pardon. Ainsi nous voyons Dieu à la recherche d’Adam et Ève (Gn 3,8-9) ; par
deux fois, Dieu envoie des prophètes à David après ses fautes (2 S 12 ; 1Ch 21) ;
le berger part à la recherche de la brebis perdue (Mt 18,12-14 ; Lc 15,4-7) ; Jésus
renié par Pierre se tourne vers ce dernier (Lc 22,61) et après la résurrection, il lui
renouvelle sa confiance (Jn 21,15-17). C’est Dieu qui fait toujours le premier pas,
non pas pour accuser mais pour sortir le pécheur du bourbier. La pire punition
serait d’abandonner le coupable à son sort.
De ces trois points, il ressort que le pardon dans le christianisme n’est pas
motivé par la prise de conscience du coupable, de l’aveu de sa faute ou de son
repentir. C’est un acte libre, gracieux, volontaire et unilatéral de bonté, de
bienveillance, de magnanimité, de mansuétude, de charité envers un frère ou
une sœur qui est tombé en disgrâce.
Abbé Apollinaire Komi KOUGBALI
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