Abbé Apollinaire
Édito de notre curé
Le pardon dans certaines religions
Certes, le christianisme est considéré comme la religion du pardon par
excellence mais dans les autres traditions religieuses, le pardon n’est pas
inconnu. Il occupe une grande place avec des nuances que nous pouvons
appeler des « semences du Verbe » (Saint Justin) qui préparent à la pleine
révélation de Jésus Christ.
Dans le bouddhisme, l’accent est mis sur la tolérance et la compassion
face à une faute ou une agression. Aux victimes, il est suggéré de penser
plus à la souffrance et au malaise (ou mal-être) de l’offenseur qu’à sa
propre souffrance. Le coupable n’est pas à considérer comme un simple
fautif mais plutôt comme un indigent et un nécessiteux plus angoissé
que la victime. Celui qui commet une faute ou blesse autrui souffre de
l’ignorance et de la cécité spirituelles : il est plus à plaindre que la
victime. C’est pour cela qu’on recommande à la victime de se conformer
à la loi éternelle qui dit que « la haine ne peut pas éteindre la haine, seul
l’amour peut le faire » (Bouddha). La victime doit démontrer de la
bienveillance envers son bourreau.
Pour le judaïsme, le pardon est un attribut de Dieu. Son pardon dépasse
de loin sa colère envers le coupable et il pardonne toutes les fautes car il
est bon et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour (Ps 102). Son
pardon doit susciter le pardon de l’homme envers son prochain. Le
pardon est vivement encouragé et soutenu mais avec quelques bémols.
Premièrement, seule la victime a le droit de pardonner, personne ne peut
le faire à sa place, même Dieu : « Yom Kippour (Jour du Pardon) procure le
pardon pour les fautes que l’homme commet envers Dieu, mais non pour
celles commises envers le prochain. Yom Kippour ne procure le pardon
que si l’homme a préalablement obtenu le pardon de son prochain »
(Talmud Yoma 8,9). Deuxièmement, l’offenseur doit manifester
publiquement sa conversion (repentance, reconnaissance de la faute,
promesse de ne plus répéter la faute). Sans cela, le pardon est déconseillé
et dans les cas graves, il est considéré comme illicite.
L’Islam parle de Dieu (Allah) comme Al Ghafoor (Celui qui pardonne), le
Miséricordieux et plein de compassion. Même si la vengeance est
légitime (à condition qu’elle soit équitable), l’Islam conseille le pardon
parce qu’il rend l’homme semblable à Dieu. Celui qui pardonne et se
réconcilie avec son prochain aura Dieu pour récompense. Celui qui veut
obtenir le pardon de Dieu doit pardonner à son prochain : « que les
détenteurs de richesse et d’aisance parmi vous ne jurent pas de ne plus
faire des dons aux proches, aux pauvres et à ceux qui émigrent sur le
chantier de Dieu. Qu’ils pardonnent et qu’ils absolvent. N’aimez-vous
pas que Dieu vous pardonne ? Dieu est Pardonneur et Miséricordieux »
(Coran 24, 20). En outre, le pardon est vu comme le meilleur instrument
de gestion des conflits entre les hommes.
Ce petit parcours nous révèle que le pardon est au cœur du message
religieux des grandes traditions religieuses. Mais quelle est la spécificité
chrétienne ? Ce sera l’objet du prochain édito.
Abbé Apollinaire Komi KOUGBALI
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