Abbé Apollinaire

 Édito de notre curé

                                                               L’expérience du pardon

Tout comme l’offense, le pardon est une expérience qui touche tous les aspects
de la vie humaine : affection, cognition, motivation, comportement. Sans se
mettre d’accord sur une définition univoque, la littérature en la matière trouve
consensus sur le caractère ambivalent du pardon : il s’agit de passer des
réactions négatives, antisociales (vengeance, fuite ou évitement) engendrées
par l’offense, à des comportements positifs, prosociaux tels que la compassion
ou la bienveillance. Le pardon a lieu quand la victime, sans oublier le tort subi
ou le caractère vexant de l’acte, commence progressivement à vivre un
basculement des réactions négatives vers des réactions positives. Robert
Enright conçoit le pardon comme « une disponibilité à renoncer à son droit au
ressentiment, au jugement négatif et à une attitude d’évitement envers celui
qui nous a offensé injustement pour s’efforcer de développer des sentiments
de compassion, de générosité et même d’amour pour ce dernier ».

Le vrai pardon comporte donc ces deux mouvements : le premier est un
renoncement qui semble être relativement facile, et le deuxième, qui est un élan
positif envers son bourreau : ceci est objectivement difficile, voire très difficile.
Malheureusement, beaucoup s’arrêtent au premier mouvement en pensant qu’il
suffit d’enlever la couche de négativité de notre perception sur le coupable pour
parler du pardon authentique. Ce n’est que le premier pas vers le but. S’arrêter à
ce niveau serait au mieux un pardon inachevé, au pire un pseudo pardon.

Le deuxième mouvement (réaction positive) est indispensable pour arriver au
pardon authentique. C’est un ensemble de comportement, de sentiment et
d’intention fait de compassion (sympathie et empathie), de bienveillance
(vouloir le bien), de bienfaisance (faire le bien) et de générosité envers le
fautif. En outre, cette réaction positive est bidimensionnelle : intrapersonnelle
et interpersonnelle.

-La dimension intrapersonnelle veut dire que le pardon doit être un acte libre
et volontaire (un acte conçu, voulu et mûri dans le cœur de la personne), et
une décision qui ne souffre d’aucune contrainte extérieure.

2-La dimension interpersonnelle signifie que l’acte intrapersonnel doit se
traduire en des comportements concrets ou manifestations externes envers le
coupable. Sans cela on risque de rester au niveau de bons sentiments, de vœux
pieux ou d’intentions louables mais qui en réalité ne changent rien à la
situation de crise causée par l’offense.

Le pardon conçu comme nous venons de le décrire ne peut être qu’un processus
et peut donner lieu à différentes formes de pardon. Nous en parlerons
prochainement.

Que la Nouvelle Année Pastorale qui s’annonce riche en événements (tels que
la venue du pape dans notre diocèse) apporte à chacune et à chacun un nouvel
élan dans la Foi, la Charité et l’Espérance.
                                                                                                                    Votre Curé
                                                                                                        Abbé Apollinaire Komi KOUGBALI

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