Abbé Apollinaire
Édito de notre curé
« Comme le Christ vous a pardonné, pardonnez, vous aussi » (Col 3,13)
Parmi les difficultés que nous éprouvons sur le chemin du pardon se nichent les
questions autour de la mesure et du modèle que nous devons imiter, en d’autres
mots : combien de fois dois-je pardonner à celle ou celui qui m’a offensé ?
Toutes les fautes sont-elles pardonnables ?
Le ressenti et la perception d’une offense dépendent de plusieurs facteurs : la
personnalité, le tempérament, l’histoire et la relation entre la victime et le
bourreau, le contexte social. Tout cela mis ensemble peut donner lieu à des
réactions imprévisibles. C’est pourquoi, on trouve des réponses très variées et
de nombreuses variantes sur ces questions. Quant à moi, je vais puiser dans
ma foi (surtout dans la bible) des éléments de réponses.
Aux chrétiens de Colosse qui éprouvaient les mêmes difficultés que nous au sujet
du pardon, saint Paul écrit : « Comme (katos en grec) le Christ vous a pardonné,
pardonnez, vous aussi » (Col 3,13). Or en grec, l’adverbe « katos » généralement
traduit par « comme » veut dire aussi « parce que » ce qui signifie que saint Paul
nous exhorte à pardonner comme (exemple dans le sens de modèle et mesure) le
Christ et de pardonner parce que (cause ou motif) le Christ nous a pardonné. La
parabole du serviteur impitoyable (Mt 18,21-35) illustre bien cette traduction.
Le Christ comme mesure du pardon : La réponse de Jésus à la question de
Pierre est bien claire. Pardonner 70 fois 7 fois (soit 490 fois) veut dire
pardonner toujours.
Le Christ comme modèle du pardon : La dette exorbitante du serviteur (10000
talents soit le salaire de 60 millions de jours de travail) traduit la grandeur et la
gravité de la faute. On peut y voir la pire des fautes que l’homme puisse
commettre et que Dieu nous pardonne.
Le Christ comme cause du pardon : « Je t’ai remis toute cette dette parce que
tu m’as supplié ; ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon
comme moi j’ai eu pitié de toi ? (Mt 18,32-33). Le pardon de Dieu est la source
et la motivation de notre pardon.
Sur la croix, nous trouvons la synthèse exemplaire du pardon divin dans sa
grandeur, largeur, longueur et profondeur. Avec le pardon, Jésus excuse ses
bourreaux devant Dieu en priant pour eux : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent
ce qu’ils font » (Mt 23,34) et dans la foulée, il accorde le paradis au malfaiteur
repenti (Mt 23,43). Jésus nous révèle que le pardon en Dieu est infini comme
Dieu lui-même. Mettre des bornes au pardon de Dieu, c’est mettre des limites à
la divinité. En Dieu, on peut pardonner tout à tous. Et c’est lui que nous devons
imiter : « Soyez miséricordieux comme votre Père Céleste est miséricordieux »
(Lc 6,36).
Vous vous demandez certainement : si c’est cela le pardon, qui peut donc
pardonner ? En guise de réponse, je nous invite à faire nôtre cette belle prière
de la liturgie des heures : « Seigneur, tu nous demandes de pardonner nos
frères et sœurs, convertis leurs cœurs et le nôtre ».
Bonne Fête de Pâques à toutes et à tous.
Abbé Apollinaire Komi KOUGBALI
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